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Secrets d’un MJ : Jimmy LT

 

Interview de MJ

 

Cette semaine nouvelle interview d’un MJ, à la fois rôliste et également scénariste de films… une double casquette très intéressante pour une interview extrêmement dense. Bonne lecture !

Edit : Cette interview a été éditée le lendemain de sa sortie, pour rajouter quelques détails en plus et des informations complémentaires !

Bonjour Jimmy, peux tu te présenter en quelques mots, ton prénom, ton âge, depuis combien de temps fais tu du jeu de rôle ? Es tu plus souvent PJ ou MJ ? Quels sont tes jeux préférés ?

Je m'appelle Jimmy Laporal-Trésor. J'ai 34 ans. Je suis scénariste en passe de passer derrière la caméra. J'ai commencé le JDR à l'âge de 11 ans. J'ai suis en période de break en ce moment car mon métier de scénariste occupe désormais énormément de temps. Je pense avoir passé autant de temps en tant que joueur et en tant MJ. Mes jeux de chevet sont:

JRTM
L5A
Rêve de Dragon
Earthdawn
Chill
James Bond

Quels sont tes univers coup de cœur du moment ? Quels sont les jeux qui t’ont marqué et qui t’ont « forgé » en tant que MJ ?

Avant mon break j'étais sur une campagne L5A en tant que joueur.
Je pense que les jeux qui m'ont forgé en tant que MJ sont avant tout JRTM, Bushido et Chill.
Avec ces jeux, ayant accès à un background inépuisable (l'univers littéraire de Tolkien, l'histoire et le mythe nippon et la culture fantastique) j'ai réellement appris une des bases du mastering : se documenter un maximum pour créer un univers de jeu vraisemblable. Pour moi c'est la clef. Si l'univers de jeu présenté est cohérent, les PJ adhèrent et donnent le meilleur d'eux-mêmes. C'est accessoirement une manière ludique de se cultiver.
Paradoxalement, j'ai appris une seconde chose en maîtrisant ces jeux: FORGET THE RULES !
L'important est le récit, le rythme, l'atmosphère autour de la table.
J'ai l'impression qu'une partie est assimilable à un film donc je privilégie toujours la fluidité de l'action et mon bon sens au détriment des jets de dés intempestifs.

Est ce que tu joues souvent aujourd’hui ? As tu un ou plusieurs groupes de jeux ? Où, quand, et combien de temps jouez vous ? A quelle fréquence ?

Comme je l'ai dit plus tôt, je suis en plein break. J'espère néanmoins retrouver le temps de jouer 1 fois par semaine une bonne nocturne. Il y a une ambiance particulière lors des nocturnes.

Qu'est ce qui rend les "nocturnes" si spéciales ? As-tu déjà utilisé des accessoires particuliers pour passer cette ambiance en jeu de rôle ?

Tout d'abord, l'obscurité est propice pour laisser l'imaginaire s'emballer. Les sensations, les émotions, les craintes, tout est  exacerbé pendant les nocturnes : les sens en alerte sont à fleur de peau. Dans mes parties, je pense avoir eu recours aux accessoires uniquement si ces dernières avaient un réel impact dans le jeu: comme je l'explique plus bas dans la partie de Bushido où la nourriture servie à table faisait office d'accessoires mais aussi objet capital pourl'intrigue. 

Parlons scénario, est ce que tu fais jouer des scénarios écrits par d’autres (internet, commerce, magazine) ou est ce que tu préfères écrire tes propres scénarios en jeu de rôle ?

Je faisais jouer des scenarii de mon cru car je trouve les scenarii du commerce souvent pauvre narrativement parlant et parce que je pense qu'un scénar est seulement bon quand il concerne personnellement les joueurs. Les rares fois où j'ai masterisé des scénars du commerce, je les ai remodelés totalement.

J'aime bien quand tu dis "Un scénar est bon quand il concerne personnellement les joueurs" : peux-tu détailler quelques unes des techniques pour justement impliquer les joueurs personnellement et faire du "character centered" comme on dit ? Ou éventuellement donner un exemple ?

Dans tous les jeux de rôles, il y a une partie descriptive du personnage qui concerne les avantages et désavantages ou qualité et défaut. Cette section est la meilleure amie du MJ. Au lieu de considérer ce chapitre comme une réserve de points supplémentaire pour optimiser son PJ, prenez note de chaque défaut, chaque qualité et faites en une arme contre le PJ, un moteur de jeu implacable.

Ex : Votre PJ est manchot car il a perdu son bras plus ou moins accidentellement, un des membres de l'adversité est responsable de son état.

Ex : Votre PJ a un lourd secret, ha ha, un corbeau commence à le faire chanter, que cela ait une relation directe ou pas avec l'intrigue du scénar actuel.

Ex : Votre PJ est célèbre: harcelez-le avec des paparazzi et pourquoi pas un fan érotomane qui voudrait attenter à sa vie.

Ex : Et s'il est beau : ha ha. Il séduit malgré lui des femmes, pour le meilleur ou pour le pire. Un mari jaloux, quiproquos, un femme folle amoureuse de lui, un homme qui lui fait des avances et j'en passe.

En bref, vos PJ devront vite le comprendre, avec vous leurs qualités ou leurs défauts sont en total interaction avec les intrigues que vous leur faites vivre. Leurs personnages aura une vraie saveur et vos PJ se sentiront impliqués personnellement dans l'intrigue dans laquelle vous les plongez.

Nourrissez-vous des vieux démons de votre PJ. Chaque PJ adore, surtout les plus chevronnés, créer un background complet pour leur personnage, d'où ils viennent ? Pourquoi ils sont comme ça ? Qui ils ont rencontrés dans leur passé ? Que ce background NE RESTE PAS DANS LES TIROIRS mais qu'il abreuve abondamment la trame de votre campagne.

Ex : Votre PJ est orphelin? La bonne blague : et s'il se découvrait un frère jumeau... de préférence dans l'adversité ou bien allié temporaire qui mourrait en milieu de campagne.

Ex : Votre PJ a tué quelqu'un dans le passé : quelqu'un cherche à se venger (le soi-disant mort ou un proche du mort). Si c'était lui le Grand Méchant de la campagne ?

Ex : Votre PJ est un type rangé sous tous rapports, enfance tranquille, rien de spécial à signaler: et s'il apprenait au cours du premier scénario que toute sa vie n'est pas celle qu'il croit quand des mecs mystérieux tentent de mettre la main sur lui (inspirations du côté de Jason Bourne, XIII, Johnny Mnemonics, le Caméléon)

En bref tout élément perturbateur, toute zone d'ombre relevée dans le background de vos PJ est une arme redoutable pour rendre vos campagnes hautement addictives car une fois de plus, une raison personnelle tient un voire la majorité de vos PJ en haleine.

En tirant partie, des faiblesses et des vieux démons de vos PJ, il est possible de rendre un scenario moyen ou une campagne passable en un moment réellement passionnant. 


De belles références... J'avais adoré la trame scénaristique de la série "Le Caméléon". Sinon, comment prépares-tu tes scénarios de jdr (dans les grandes lignes) ? Quelle est ta petite recette ?

Pour moi la recette d'un bon scénar est très simple
1.Trouver une thématique
2. Définir le but des PJ
3. Définir l'adversité et le Bad Guy (son background, le caractériser)
4. Définir les moments clefs de la trame du jeu (accroche, rebondissements, révélation, conflit final, résolution)
5. Se documenter
6. Écrire le scénario la V1 adaptée sur mesures à son groupe.
7. Préparer le décor, la mise en scène pour aider à la mise en abyme.
8. Relire la V1 et corriger les coquilles
9. Réviser sa copie avant la partie faire les derniers ajustements.

Dans la vie tu es également scénariste de film il me semble, peux tu nous parler un peu plus de cette activité et de ton parcours pour en arriver là ?

Je ne dirais pas que je suis arrivé là par hasard. A l'origine, j'ai fait des études d'audiovisuel pour faire du documentaire puis ma maîtrise en poche je suis parti sur les plateaux de tournage au culot: je me suis retrouvé 3ème assistant réal sur un long (métrage). Après ça, je me suis retrouvé sur divers projets de court ou d'autoprod. En parallèle, j'écrivais intensivement : membre actif d'un collectif de slammers, divers court-métrage. Au gré des rencontres, j'ai finalement atterri sur un beau projet, de série initialement, qui est s'est transformé un long-métrage (en financement avec Agate Films). En parallèle je fais du script-doctoring (du conseil en matière de structure narrative) et ai suivi un stage intensif sur les techniques narratives avec le scénariste américain John Truby.

Je suis actuellement, avec Diouc Koma et Sébastien Birchler, en finalisation de création d'une boite de prod, A3Plumes spécialisée dans le développement d'histoires prêtes à produire : basiquement, un scénario + un réal + acteur principal proposé aux boites de prod qui peuvent de facto démarcher les financeurs avec un projet fini.

Je dirais au final que c'est l'amour du récit et les belles rencontres (j'ai rencontré et côtoyé des scénaristes, Nicolas Peufaillit co-auteur d'un Prophète script-doctor sur mon premier film écrit, des comédiens, Diouc Koma, un Homme qui crie, avec lequel j'écris, et des producteurs Nicolas Blanc que je n'aurais jamais pensé rencontrer un jour) qui m'ont fait arriver où j'en suis.

Une question qui intéressera beaucoup les théoriciens du jeu de rôle, quelle différence y’a t’il dans ton travail entre scénario de film et scénario de jeu de rôle ?

Quand je pense à ces deux disciplines je m'étonne chaque jour de constater leurs similitudes.
Personnellement, la différence se situe à trois niveaux:

1.. La technique d'écriture. Fondamentalement, que ce soit pour un roman, un poème, une nouvelle, un scénar de jeu de rôle ou celui d'un film, j'appréhende la structure narrative globalement de la même manière car dans l'absolu il s'agit de la même finalité: RACONTER UNE HISTOIRE.
La différence se situe dans la FORME, car l'outil scénario répond à certains standards d'écriture, et non pas dans le FOND.

2. Le film ne comporte pas de surprise pour l'auteur puisqu'il est fidèle à la structure dramatique du scénario. Pour le JDR, c'est différent. Dans le film, on se rapproche du scénario idéal que l'on a imaginé quand on l'écrivait à la différence de celui du JDR car on ne peut pas prévoir à 100% les réactions de sa table.

3. Il n'y a pas de limites budgétaires à la démesure d'un scénar JDR alors que pour le cinéma, c'est une donnée essentielle. Paradoxalement, il faut écrire son film sans y penser mis en gardant cette variable en tête tout de même.

Cela arrive t’il que tu adaptes certaines de tes parties jouées en jeu de rôle en film ou certains films en scénario de jeu de rôle ? Comment se passe alors cette transposition ?

Pas pour le moment mais je ne sais pas si c'est souhaitable. Par contre, j'ai dans l'idée de développer deux histoires d'inspiration directe JDR.
Un film situé dans un univers de jeu que j'avais inventé et un autre film sur l'univers du JDR en lui-même (ça sera une action-comedy)

Revenons au jeu de rôle, est-ce que tu joues en campagne ou en one-shot ? Comment te prépares tu plus spécifiquement pour une campagne ?

J'aime bien ces deux formes, c'est un peu comme la nouvelle ou le roman chapitré ou lors la série et le film : tout dépend de l'univers de jeu.
Fondamentalement, la prépa est la même sauf qu'elle est plus poussée et plus organisée dans la recherche documentaire dans le cas de la campagne.

En tant que MJ, quel est ton pire souvenir ? Quelle leçon en as tu tiré ?

Le pire souvenir? Avoir préparé un scénar bushido avec bouffe asiat pendant la partie. Cette bouffe était partie prenante du scénario. Basiquement, les PJ au détour d'une aventure se voyaient offrir l'hospitalité et le couvert par un PNJ: Le banquet était réel donc les PJ affamés (il est midi) passent à table pour de vrai. Erreur la nourriture est empoisonnée: voilà nos héros en route directe pour le Yomi sans pouvoir contester le fait qu'ils aient mangé mes bons petits plats chinois. Le mauvais souvenir vient du fait que la moitié des PJ étaient absents : mon plaisir a été diminué d'autant.
La leçon : toujours confirmer une date de jeu 48H avant.

De l’importance de l’organisation des parties… Quel est ton meilleur souvenir ? Pourquoi ce jour là la magie du jeu de rôle a bien fonctionné ?

C'était un Rêve de Dragon. Les PJ étaient emprisonnés dans une forteresse que je supposais inviolable : j'avais sous-estimé leur ingéniosité car il ont réussi à s'enfuir ce qui était problématique pour moi car ma trame se déroulait dans le château. Au lieu de me braquer j'ai suivi le flot. Dans leur fuite, je leur ai fait rencontrer un PNJ inventé sur le vif : s'en est suivi une phase de roleplaying jouissive. A la suite de cette phase mes PJ ont décidé de leur propre chef de retourner dans la gueule du loup: back on tracks, mes PJ, de retour dans le château, le scénar a repris son cours. La partie a été excellente.
La leçon : toujours privilégier ce qui se passe autour de la table. Comme dirait Bruce Lee " Like water in a tea pot"
Le MJ doit savoir faire preuve d'adaptation et doit être constamment à l'écoute car une simple phrase passée au bon moment peut changer le cours d'une partie.

Un dernier conseil ou truc à partager avec les autres MJ qui nous lisent ?

LE MJ EST LE MEILLEUR AMI DU PJ MAIS DOIT LE PERSUADER DU CONTRAIRE!

Même s'il est très rare de tuer un PJ, il est tout de même préférable que les PJ craignent cette possibilité. S'ils se savent invincibles, la plupart des PJ agissent alors de manière irrationnelle.
J'ai régulièrement joué avec des PJ très expérimentés avec des persos puissants mais ces PJ ont rarement dépassés les bornes. Ma règle : un PJ a la mort qu'il mérite. Je ne tuerai jamais un Pj sur un coup de dés malheureux mais si le PJ fait n'importe quoi comme avoir un comportement suicidaire, il mourra.

Merci beaucoup à toi d’avoir pris le temps de répondre et bonne continuation dans tes projets scénaristiques et rôlistes ! Vous pouvez suivre Jimmy sur Twitter @Jimmy_LT

Commentaires   

0 #2 Footbridge 11-04-2011 05:25
Salut Lionel et merci de ce commentaire !

Effectivement, le jdr forme d'art est une question quasiment philosophique qu'on pourrait se poser...

La BD est bien reconnue comme une forme d'art donc pourquoi pas le jeu de rôle ?

A bientôt !
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0 #1 LionelAccatone 04-04-2011 03:06
Comme souvent ici, excellente interview d'un MJ au long cours... Ce qui m'a particulièrement touché ici avec Jimmy Laporal, c'est qu'évoluant moi-même dans le milieu théâtre-ciné, j'ai reconnu, en tant que MJ moi-même, dans ses propos mes priorités d'écoute des propositions des joueurs, de mise au second plan des "tables de la loi" (les règles, les dés) quand elles peuvent desservir la narration et la richesse des possibilités, de l'importance du rythme, de l'ambiance, et de structure esthétique (au sens de "sensation" et de frisson -peur, excitation, joie, plaisir, empathie... ) de ce qui se joue autour de la table. Bref, Jimmy a mis le doigt sur une chose dont on parle finalement assez peu: dans son meilleur, le jeu de rôle penche fortement vers l'art. Une partie de jeu de rôle réussie doit -pour moi, et selon mon goût- susciter chez les joueurs et le MJ des émotions esthétiques : je sais que je joue et que ce n'est pas vrai mais tout -l'ambiance, l'interprétation, la structure de l'histoire...- m'incite à y croire, c'est-à-dire à me prendre au jeu!
Merci Jimmy, puisses-tu revenir un peu au JDR et réussir dans tes productions, et merci Fabien pour ce merveilleux blog! :kiss:
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