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Secrets d'un MJ : Christophe

Secrets d'un MJ

Dans cette nouvelle interview, rencontre avec un meneur qui pas mal roulé sa bosse, aussi bien en civil qu'à l'armé... Je laisse la place à Christophe pour cette interview de MJ.

Peux tu te présenter en quelques mots, ton prénom, ton âge, depuis combien de temps fais tu du jeu de rôle ? Es tu plus souvent PJ ou MJ ? Quels sont tes jeux préférés ?

Bonjour à vous. Je me prénomme Christophe, tout jeune homme de 36 ans. J’ai débuté le jeu de rôle en 91 en club à Argentan dans l’Orne. J’ai été un « touche-à-tout » pendant cette période d’ado mais j’ai été MJ principalement sur Star Wars, INS/MV, Maléfice, Runequest  et un peu de Polaris, Rêve de Dragon. C’est l’avantage en club d’essayer un peu tous les systèmes.  J’ai aussi beaucoup joué comme PJ sur Warhammer et Vampire. Et c’est sur la fin de la période « club » qu’un ami m’a fait découvrir LE système que je n’ai plus jamais quitté (merci Denis) : Rolemaster.

Rolemaster ! Qu’est-ce qui t’as attiré dans ce système ? Tu le fais jouer « by the book » avec toutes les règles ? Le côté calculatoire n’est pas trop difficile à gérer ?

Rolemaster est le système par excellence. On peut tout aborder avec.  Ce que j’ai toujours aimé par-dessus tout c’est cette liberté d’utilisation. Simple, compliqué, adapté, tu en fais ce que tu veux.  Personnellement j’ai adapté quelques options et rajouté une ou deux. Surement le meilleur support pour les utilisateurs de magie. Chaque classe est personnalisable et cela rend le tout attrayant.

La création du personnage peut s’avérer lourde au novice. C’est pour cela que je suis derrière chaque joueur pour cette phase. Ensuite le coté calculatoire est devenu une routine pour moi. Les joueurs ne le ressentent pas. Sans dire que c’est un mode de jeu rapide, j’en ai fait un mode fluide.

Quels sont tes univers coup de cœur du moment ? Quels sont les jeux qui t’ont marqué et qui t’ont « forgé » en tant que MJ ?

Je suis de cette génération de joueurs qui ont tenté de changer l’Empire avec un pilleur de tombe dans les campagnes de Warhammer.  Ou de MJ qui ont fait vivre toutes les aventures contre les Impériaux à coup de sabre laser.

Puis en 94 j’ai franchi un cap et j’ai quitté ma petite vie pépère pour entrer sous les drapeaux. A ce moment là j’ai dit : «  je lâche tout…. ».

 Quatre mois plus tard j’avais des joueurs au sein même du régiment et je recommençais tout à zéro en utilisant le système Rolemaster.

De part mon boulot j’ai servi un peu partout dans le monde. Afrique et Pacifique principalement. J’ai alors monté mes tables avec des expatriés comme moi, qui pour la plupart découvraient le jeu de rôle. Ce fût pour souvent parmi les plus beaux moments de mes souvenirs de rôlistes.

Passionnant ! Donc ça joue au jdr à l’armée ? Sans nous donner des détails confidentiels bien sûr, comment s’organisaient les parties à la caserne ?

Faut pas croire, les militaires sont les mêmes personnes que celle qu’on croise au parc ou au ciné. Comme partout, y a des gens qui vous regardent en vous prenant pour  des fous. Et pour s’organiser des parties c’était tout de même plus simple qu’au lycée. En internat fallait ruser pour trouver une salle le soir. Militaire, il me suffisait d’avoir la clé du bureau auprès du collègue. Et puis on prenait tellement de permanence que les week-ends, on trouvait toujours un moment.

Est-ce que tu joues souvent aujourd’hui ? As-tu un ou plusieurs groupes de jeux ? Où, quand, et combien de temps jouez vous ? A quelle fréquence ?

J’ai quitté l’armée il y a un an et je suis retourné dans ma région. A Alençon, j’ai découvert un club de vieux routards regroupés sous la bannière du « Gobelin farceur ».  On se réunit tout les mercredis pour 3 à 4 heures. J’ai récemment intégré une table pour le vendredi, et j’ai ma table de Rolemaster toutes les 3 à 4 semaines où là c’est le défouloir 6, 8, 10 heures de jeux. Tous ne sont pas de la région et mon plus fidèle joueur fait presque 300 bornes pour lancer les Dés. Soit il est maso… soit c’est mon frangin… ou les deux à la fois.

Parlons scénario, est-ce que tu fais jouer des scénarios écrits par d’autres (internet, commerce, magazine) ou est-ce que tu préfères écrire tes propres scénarios en jeu de rôle ?

Tout est source d’inspiration. J’ai mes grands PNJs qui sont déjà placé dans mon monde, les anecdotes qui parsèment le royaume et je fais vivre le tout.

J’ai une petite collection de scénars venant de tous jeux et j’en tire souvent des éléments. L’exception faisant foi, j’ai glissé une campagne Pathfinder dernièrement sur mon univers. Quelques adaptations plus tard et j’ai quelque chose d’agréable à faire vivre. Tout en liant l’histoire à la trame principale de mes joueurs.

Lier l’histoire à la trame de tes joueurs… cette fameuse trame elle est conçue au moment de la création du groupe ? Ou bien elle apparaît plus tard en jeu ? Comment la fais-tu intervenir ?

Pourquoi le mercenaire irait risquer sa vie à combattre les grands vilains simplement pour un peu de d’honneur ? Pourquoi le mage accepterait la mission de cet inconnu rencontré dans une auberge pour quelques piécettes ? Certes ce sont des aventuriers, mais tous ont pas l’âme de héros et heureusement sinon le roleplay serait limité d’un personnage à l’autre. Donc pour amener ce groupe à faire route ensemble je distribue dans leur background une info qui intéressera d’autres joueurs et qui me permet de les guider vers ma campagne. Et de fil en aiguille le nain accepte l’elfe, le paladin tolérera la présence du voleur etc.

Et d’un mois sur l’autre je ne sais pas où mes pjs seront. Ce qui parfois les amène à passer à coté d’événements. Mais c’est ça un monde, on ne peut pas être partout.

Comment prépares-tu tes scénarios de jdr (dans les grandes lignes) ? Quelle est ta petite recette ?

Je suis en temps normal, beaucoup plus dans l’improvisation sous une ligne de conduite, un but à atteindre. Le fil du scénar compte peu à mes yeux. Et rarement il est suivi. Pour une simple raison, je ne fais pas vivre une escapade d’aventuriers mais un monde en pleine expansion. TOUTES mes aventures ont un lien entre elles. Très souvent les joueurs ne le savent pas.  Même si je garde les mêmes cobayes et que je change les persos, il y aura toujours une allusion qui permettra de relier les personnages un jour ou l’autre entre eux. Un lieu, un personnage, un récit etc. C’est le plus important.

Le plus souvent mes joueurs décident d’aller à tel ou tel endroit pour X raisons liées à leur BG, j’ai disposé partout un fil conducteur pour les attirer tel des proies dans mes filets de conteur.

En tant que MJ, quel est ton pire souvenir ? Quelle leçon en as-tu tiré ?

Mon pire souvenir…. Un couple qui règle ses comptes en RP. Tu ne sais plus où te mettre et toutes tes tentatives de détournements sont vaines… Là... tu te sens seul…

La leçon à en tirer.  Jouer avec les femmes et laisser leurs maris faire la fête en boite…

Quel est ton meilleur souvenir ? Pourquoi ce jour là la magie du jeu de rôle a bien fonctionné ?

J’en ai beaucoup. Et paradoxalement ce ne sont pas spécialement des aventures épiques.  Celui qui nous sert encore d’exemple est le suivant. Un groupe de 4 aventuriers qui se retrouvent sur un mini-plan avec juste une colline et un grand chêne d’où se bercent des pendus. Bien sur j’ai fourni la clé pour sortir de là aux aventuriers et pourtant…

La séance de 4 heures a tourné sur comment s’assommer mutuellement pour fuir ce « rêve ». Et là une solution leur vient à l’esprit. Ils vont faire comme les précédents qui se sont pendus.

Imagine 4 baroudeurs perchés sur une branche, une corde au cou et qui lancent un décompte pour sauter dans le vide en même temps. Là je me redresse et je ferme mon écran…. Fin de l’aventure... création de nouveaux perso.

J’ai un joueur qui depuis dix ans note chaque fait et geste de son elfe. C’est ma mémoire sur papier. Merci Rinel de vivre les bouleversements de ce royaume.

Aussi le souvenir de mon vieux camarade qui incarnait un paladin depuis plus de 15 ans. Dans ce que j’avais prévu pour le bon déroulement de l’histoire, je le laissais affronter l’ennemi qu’il combattait depuis des années de jeu. Le combat était inévitable mais inégal. Les conséquences d’une éventuelle défaite auraient été trop importantes pour ne pas vaincre. Voyant le combat tourner à son désavantage, il a comme je l’avais prévu, opté pour la victoire en se sacrifiant. Et là … faut gérer de ne pas sur jouer mon rôle de conteur pour l’obliger en venir à cette extrémité sans qu’il sache que je n’en attendais pas moins de lui et que j’avais « bien sûr » prévu un retour du personnage par moyen détourné. De grands moments d’aventures. Merci RZ pour toutes ces années, tu étais le meilleur palouf.

Un dernier conseil ou truc à partager avec les autres MJ qui nous lisent ?

Chaque Conteur a sa manière d’aborder le plaisir du jeu. Comme tous, j’ai rencontré ceux qui ouvrent le bestiaire 5 minutes avant de commencer histoire de voir quel monstre « bourrin » sera l’adversaire de la soirée. Le système des salles-monstres-trésors trouve toujours des adeptes. Donc je n’aurai pas la prétention d’apprendre aux autres leur taf. Mon atout est dans l’ambiance. Le détail qui est placé dans la description. Si à la fin de votre soirée, vos joueurs peuvent décrire la même scène qu’ils ont vécue ensemble, c’est que vous avez été crédible et une partie du travail est fait.  N’oubliez pas que c’est avant tout un jeu. Que le MJ n’est qu’un élément extérieur. Vous n’êtes pas l’ennemi.

Restez crédible dans les faits ou trouvez une raison de tel ou tel événement. Après tout, si vous gardez ses deux paramètres aucun joueur ne pourra vous contredire.

Et en cas de crise utiliser ma devise : « Tant qu’il y a un jet de dés, y a de l’espoir. »

 

Un grand merci à Christophe de s'être prêté au jeu de l'interview !

Bon jeu à tous !

Commentaires   

0 #2 Footbridge 14-03-2012 15:51
Tout est dans le titre B)
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0 #1 Kevin, alias Rinel. 12-03-2012 16:07
Tant qu'il y a un jet de dés, y a de l'espoir, je confirme...66 au crit tueur sur un type VI, next !
Pour faire bref,
Un vrai conteur plus qu'un MJ,
La passion plus qu'une vie,
Rien n'est trop beau pour jouer avec lui.


Rinel.
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