Préparation du scénario

Masteriser un rétro-clone : quelques conseils pour une partie old school

 

Retro gaming

 

En écho à un post que j’ai laissé sur le forum d’Antonio Bay, voici un petit focus sur le sujet des rétro-clones et quelques conseils pour mener une partie old school dans les règles de l’art, en donnant un côté vintage savoureux à votre séance !

Le rétro-clone : pourquoi ? Comment ?

Pour ceux qui ne sauraient pas ce qu’est un rétro-clone, voici un petit cours de rattrapage. Pour simplifier, le rétro-clone est au jeu de rôle ce que l’émulateur est au jeu vidéo : un moyen gratuit ou presque de jouer avec les anciens jeux de rôle, en l’occurrence les tout premiers, pour en retrouver l’ambiance et la saveur. Les auteurs des rétro-clones ont donc « cloné » le plus fidèlement possible quelques unes des premières éditions des anciens jdr et les proposent aujourd’hui en téléchargement libre pour la plupart. C’est tout à fait légal : les données et tableaux ne sont pas reproduits exactement à l’identique, certaines dénominations ont été légèrement modifiées, mais le cœur du jeu reste le même. La plupart des rétro-clones n’existent qu’en anglais : on peut citer Labyrinth Lord, Osric, Castles & Crusades mais on peut tout de même mentionner en français le projet Epées & Sorcellerie.

Certains pourront se demander quel est l’intérêt… il y pas mal de facteurs qui peuvent motiver à faire une séance « old school » et je les recense dans l’article que j’ai écrit sur Antonio Bay, mais pour faire simple je dirais que c’est surtout par nostalgie, tout comme certains geeks sont nostalgiques de l’Atari et vont récupérer des versions émulées de Space Invaders, c’est un peu la même chose en jeu de rôle : un groupe qui joue depuis de longues années peut vouloir faire un retour aux sources, pour une séance spéciale un peu nostalgique, et surtout très parodique et fun, car elle montre comment les choses ont bien évolué depuis : jouer à un rétro-clone c’est un peu comme regarder un bon vieux nanar en DVD : culte mais en même temps avec une image qui a parfois un peu vieilli. C’est voir comment c’était « avant » pour mieux apprécier par contraste, le jeu que l’on fait « maintenant ». Même pour des joueurs plus jeunes qui n’ont jamais connu l’époque des tout premiers jeux de rôle old school, l’expérience peut se montrer intéressante. Voilà donc quelques conseils pour la mener à bien et organiser cette séance nostalgique avec votre groupe !

Les 7 clés du vintage rolistique

  1. Sur les clichés tu joueras : que serait une partie de rétro-clone sans sa cargaison de clichés kitsch de la fantasy ? Autant ils sont à éviter dans un jeu classique, ou bien à être présenté avec un retournement de situation inattendu, autant les poncifs sont indispensables dans une séance nostalgie, presque sans artifice, tels quels. A vous les barbares aux muscles huilés, les guerriers sans subtilité, les magiciens avec robe et longue barbe blanche, les guerrières en bikini cotte de mailles (qui bizarrement protège autant qu’une VRAIE cotte de mailles complète, allez comprendre !), les grands méchants aux rires sardoniques et les dragons immenses endormis sur des montagnes d’or et vivant dans une caverne aux issues tellement petites qu’on se demande comment il a fait pour entrer là. Bref : mettez des clichés et amusez vous à les insérer dans votre séance pour en faire une bonne parodie !
  2. Les scénarios d’époque tu utiliseras : si dans vos archives vous avez des scénarios (ou des modules comme on appelait ça) que vous aviez achetés mais que vous n’avez jamais utilisés ou fait joués, leur heure de gloire est arrivée ! A défaut, certains retro clones proposent leur propres modules, à vous de puiser dedans. Le scénario démarrait typiquement dans une auberge avec le recrutement pour une mission et se résumait quasiment uniquement à une succession de cartes, de créatures et de trésor… Si il n’y a vraiment rien à l’horizon et que vous devez composer vous-même alors continuez la lecture.
  3. Portes, salles et pièges tu disposeras : s’il y a bien un passage obligé dans votre scénario old school c’est le donjon ! Il faut quasiment impérativement avoir une partie de l’aventure qui sera l’exploration, à la lueur de la torche, d’un refuge de monstres, d’un réseau de grottes, d’une forteresse, d’un temple démoniaque… Tout bâtiment peut devenir un labyrinthe de salles, de couloir, de pièges. Le cliché old school voudrait que le meneur ne cherche pas nécessairement à avoir une approche cohérente du donjon : le vrai module était bien souvent un enchaînement de salles, avec une vague cohérence architecturale mais pas forcément de logique. N’ayez donc pas peur de juxtaposer des créatures qui en temps normal se dévoreraient mutuellement, ou d’autres énormités de ce genre : on est dans du retro gaming donc n’hésitez pas à en montrer les plus gros travers, cela fait aussi partie de la nostalgie ! Pour ceux qui sont à la recherche de cartes de donjon, voilà deux liens qui peuvent vous servir : Paratime Design pour un site de cartographie en anglais et Simul Accro rubrique Donjons.
  4. Le Bestiaire ton meilleur ami sera : en partant sur un délire « Donjon » alors il faut impérativement donner l’opportunité aux PJs de repeindre les murs à coup de monstres et là le bestiaire est votre ami. Les rétro-clones suivent en général la même approche que les tous premiers volumes de D&D : un guide joueur, un guide meneur et un bestiaire. C’est là où vous trouverez tout ce qu’il faut pour peupler votre donjon et bien sur n’hésitez à aller taper dans les entrées les plus kitschs et improbables de votre encyclopédie : cube gélatineux, babouins albinos, pudding noir et autres yaourts à tentacules sont parfaits pour contribuer à l’ambiance « old school » de votre donjon.
  5. De la rencontre aléatoire tu abuseras : la règle à appliquer, dans le donjon et dans les terres Sauvages si une partie de votre séance se déroule en extérieur, c’est celle de la rencontre aléatoire. Normalement tout bon rétro-clone devrait avoir sa table de rencontre, où vous allez lancer le dé, 1 fois par heure/jour/semaine en fonction de l’endroit et les personnages devront alors affronter la créature qui « apparaît » comme venue de nulle part. Dans un jeu plus moderne, on balaierait ce genre de règles en l’ignorant au nom de la cohérence de l’univers mais dans votre partie vintage, faites ces jets. Annoncez-les aux joueurs, faites les même à la limite de façon ouverte, devant l’écran pour qu’ils voient le résultat. Jouez de cette mécanique pour faire ressentir le côté vintage. Vos personnages montent le camp pour la nuit ? Alors lancez les dés pour chaque heure de sommeil pour voir si quelque chose apparaît !
  6. Les règles à la lettre tu appliqueras : les jeux de l’ancienne école regorgent de règles, toutes plus bancales les unes que les autres, pour essayer de simuler un maximum de situations. Cela vient de l’héritage des wargames d’où a émergé le jeu de rôle au milieu des années 70. Une vraie partie de la vieille école doit donc utiliser TOUTES les règles, même les plus incohérentes, pour accentuer ce côté « rétro ». Si vous connaissez votre groupe depuis plusieurs dizaines d'années, vos joueurs retrouveront avec le sourire les sensations de jouer avec ces vieilles mécaniques (parfois lourdingues, il faut l'avouer) mais c'est aussi ce qui en fait le charme. Il faut bien sur jouer tout cela sur le ton de la parodie : règles bancales, calcul des xp en fonction du nombre de km parcourus, points d’expérience uniquement pour le joueur qui a porté le coup fatal à un monstre, tout cela a un côté presque "drôle" de par l'absurdité de ces règles. Et jouer avec ces règles frisant l’incohérence fait partie du plaisir et de l'intérêt de faire jouer un rétro clone : voir par exemple les PJs se battre entre eux pour mettre le dernier coup à un monstre, voilà quelque chose d'unique qu'on ne verra que dans un rétro clone ! En tant que MJ, il faut pousser le jeu à fond, devenir un "Avocat des Règles" et appliquer scrupuleusement à la lettre toutes ces mécaniques  (bien sur en restant dans le registre de la parodie).
  7. De l’auto-dérision tu feras preuve : comme cela a été évoqué précédemment, la séance vintage de rétro clone est là pour être un moment fun, pour changer un peu le groupe de sa routine et partager un moment de nostalgie. Prenez la donc au second voire au troisième degré : parodiez les clichés de la fantasy, parodiez les mécaniques simulationnistes du jeu, et surtout parodiez-vous vous-même en tant que MJ ! Faites jouer avec tous les défauts qui faisaient la gloire des MJ de l’époque : trop strict dans l’application des règles, n’hésitant pas à tuer un personnage d’un coup de dé sur un piège ou un coup de créature, ou encore en jouant les PNJ d’une façon complètement stéréotypée. Jouez à fond la carte du rétro-gaming pour cette séance nostalgie !

Et avec tout cela, vous voilà armé pour votre séance old school sur un des retro-clones évoqué ci-dessus. Faites de cette séance un moment unique et voyez quelles sont les sensations de votre groupe à l’issu de la séance : faut il revenir au bon vieux temps et faire quelques autres séances dans le même style, ou définitivement ranger les vieux nanards au placard car ils ont définitivement mal vieilli ? La réponse est autour de votre table de jeu. Bon jeu à tous !

Illustration ©Steve Zieser

Commentaires   

0 #2 Footbridge 12-10-2010 09:52
Ah je connais Rétro-Futur, je dois même en avoir un exemplaire dans mon grenier... c'est devenu une pièce de collection aujourd'hui !

Merci de vos encouragements et à bientôt !
Citer
0 #1 Tom 11-10-2010 23:41
Bonsoir, j'ai que quelques parties a mon actif, et votre article m'a donné envie de lancer une partie sur un jeu de rôles appelé Rétro Futur (edité chez Mulstisim il y a 7 ans).

Je trouve que votre blog regorge d'idée et je pense que la bible du meneur sera un de mes prochain achats :-)

En tout cas, bonne continuation et merci a vous pour vos idées !!
Citer

Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir