Préparation du scénario

Conférence MdJ : Le scénario de jeu de rôle : un genre littéraire

Pour ceux qui n'étaient pas au Monde du Jeu vendredi après midi, ou bien ceux qui y étaient mais qui veulent récupérer les slides de la présentation, vous pouvez les retrouver ici ! Le thème de la conférence, en partenariat avec la FFJDR était "Le scénario de jeu de rôle, un genre littéraire", un sujet qui peut paraître très intellectuel a priori et que j'ai voulu traiter en partant des points communs et des différences entre les deux styles d'écriture pour arriver à des conseils et des exemples concrets utilisables par les MJs pour préparer les parties. Voilà les slides :

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Et les quelques commentaires qui vont avec :

Slide 1 : Ce qui m’a le plus surpris quand j’ai du préparer cette intervention, c’est le titre : le scénario de jeu de rôle, un genre littéraire. Rapprocher l’écriture d’un scénario et l’écriture d’un livre. Je me suis dit « ouh là on va chercher loin ». Alors je pouvais faire une dissertation avec thèse antithèse synthèse, mais je me suis dit que ça ne passerait que difficilement. Plutot ce que je vais vous proposer, c’est d’examiner les points communs et les différences entre l’écriture d’une histoire « classique » et l’écriture d’un scénario de jeu de rôle. Et ce que cela va être c’est que ce ne sera pas une analyse trop intellectualisé, mais au contraire axée sur la pratique et j’espère qu’à travers les exemples qu’on va vous donner, vous pourrez y trouver de la matière pour concevoir vos propres scénarios.

Slide 3 : Récit littéraire : le schéma narratif, qui est utilisé pour analyser la structure d’une histoire, cette structure va se retrouver dans le scénario de jeu de rôle. Certains récits littéraires ou de théâtre sont divisés en 3 actes, en l’occurrence, c’est ce découpage que l’on va retrouver dans le scénario de jeu de rôle (même si l’histoire n’est pas forcément toujours racontée dans cet ordre (flashback, in media res…). Mais la structure en 3 actes du scénario reste un découpage simple et efficace. Se donner ces 3 actes comme point de départ de la structure du scénario permet de bien voir les étapes à suivre. Il n'y a pas d’école non plus, on peut très bien imaginer un scénario sans acte. De plus, attention, ce n’est pas parce qu’on a 3 actes à la suite qu’on est linéaire et c’est justement là où s’arrête le point commun avec le récit littéraire.

Slide 4 : Si la structure est commune il y a tout de même une différence fondamentale entre le récit littéraire et le scenario de jeu de rôle : le récit est déjà écrit, alors que le scénario ne peut exister qu’à l’état de « potentiel ». En jeu de rôle, on ne peut pas avoir d’histoire scriptée comme dans un récit littéraire, puisque c’est les joueurs qui par leurs actions vont construire l’histoire et le récit. Un auteur qui rédige un récit littéraire va en effet imaginer le déroulement, chapitre après chapitre de son histoire. En écrivant un scénario de jeu de rôle, par définition, cela ne peut pas marcher, puisque que si on voulait écrire l’histoire, non seulement il faudrait imaginer le déroulement possible mais aussi imaginer par avance l’infinité des déroulements possibles vis à vis des actions des joueurs ! C’est impossible. Comment faire alors ? La première solution, c’est de scripter le déroulement, à la façon d’un récit littéraire, mais sans figer trop de paramètres : c’est la marge de manœuvre pour le groupe. De plus, scripter seulement donnerait un scénario linéaire. Le MJ peut alors faire un peu de camouflage : mettre en scène des intrigues secondaires, des interactions entre personnages ou des fausses pistes pour agrémenter le chemin « linéaire » de l’histoire.  L’autre option c’est de ne pas du tout scripter. Ce qui est la forme la plus « libre » de scénario, où le MJ va définir lieux, personnages, PNJs, motivations, timeline et se servir de l’interaction entre ces différents élements et le groupe pour construire l’intrigue. Plus difficile à écrire, à prendre en main, à transmettre, cela peut être cependant un format de scénario qui pourrait plaire aux joueurs les plus expérimentés. Entre les deux on trouve la structure "arborescente" où l'on prévoit quelques uns des chemins possibles que va prendre le groupe et se servir de ces quelques hypothèses pour s'adapter dans le cas où le groupe déciderait de partir ailleurs.

Slide 5 : Le livre doit être passionnant à lire, et le jdr passionnant à jouer. C’est à double tranchant en fait : passionnant à lire ne veut pas forcément dire passionnant à jouer. En effet, mettre en scène les émotions et la vie intérieure du personnage est en général plus facile en livre qu’en jeu de rôle. A l’inverse passionant à jouer ne veut pas dire passionnant à lire : quand on lit un livre on est spectateur, on est donc bcp plus critique qu’en étant « acteur ». Ce qui fait qu’en tant que MJ on peut « se permettre » de faire du moins original que dans un livre… mais tant qu’à faire autant essayer de proposer des situations inédites, cela contribuera à rendre l’histoire passionnante ! Ce qui va rendre le récit passionnant, que ce soit en livre ou en jdr, c’est aussi la création d’une tension dramatique. Et là les techniques sont multiples pour la créer. Je vais juste en citer 3, que vous pourrez utiliser en cours de partie : 

 

  • D’abord les secrets et révélations. Mettre en scène une chose qui n’est pas ce qu’elle semble être, un mystère, une fausse identité, ou encore un mystère dans un mystère (non pas la glace) est une bonne manière de créer la tension dramatique : les joueurs doivent savoir que quelque chose est caché, et veulent alors savoir, cela va générer l’histoire et créer la tension dramatique. 
  • Une autre manière, c’est de placer le groupe face à un dilemme : ils doivent choisir entre deux conduites possibles et tous les PJs ne sont pas d’accord et ils doivent alors faire un choix, difficile.
  • La dernière idée pour créer de la tension dramatique, c’est d’avoir des échéances dans le scénario : la tension monte au fur et à mesure, des évènements de plus en plus bizarres se produisent, le tueur fait de nouvelles victimes, les enjeux augmentent. Mettre en scène cette « gradation » par le biais d’échéances dans le scénario permet de faire monter cette tension dans le récit.

 

Slide 6 : Une autre différence majeure entre récit littéraire et jdr, c’est la focalisation. Dans un récit, la focalisation bouge, mais c’est l’auteur qui a la charge de tout imaginer. Le jeu de rôle a cet avantage que l’auteur n’a pas à décrire les réactions des héros; ou à les imaginer, ce sont les joueurs qui le font (forges de la fiction), par contre il peut se focaliser sur le reste par conséquent, le cadre les PNJ, l’univers… ou bien des situations pour challenger les personnage, leurs convictions, ou leurs but et leur donner l’occasion d’interpréter leurs persos et de réagir « en jeu ».

Slide 7 : Le dernier point commun entre l’œuvre littéraire et le scénario de jeu de role, c’est l’existence de « genres » de scénario très différents les uns des autres, comme pour les livres. On trouvera par exemple, les scénarios d’aventure, d’action, d’enqupête, politiques, de romance, les « donjons ». Cela entraînera bien sur des conceptions et écritures légèrement différentes, comme le montrent les "checklists" suivantes pour deux types de scénarios différents.

Slide 8  : L’usage n’est pas forcément unique : un livre ne sera « que » lu et visant à être publié. Le scénario peut rester privé ou être diffusé, servir pour une convention ou un supplément.

 

Et vous, pensez vous que le scénario de jeu de rôle est un genre littéraire à part ?

Bon jeu à tous !!! 

Commentaires   

0 #4 NomTest PrénomTest 21-09-2010 23:30
Merci à toi pour ton intervention très intéressante...

Le titre a été choisi par la FFJDR et était là pour la formule.

Effectivement l'idée est plus de comparer la scénarisation entre un film, un livre et une partie de jeu de rôle.
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0 #3 Lutain 20-09-2010 07:24
Le scénar de jdr a effectivement ses codes et points communs avec le roman, comme le montre très bien ces slides.
Et, contrairement a Fafi, je ne trouve pas inintéressant d'en lire en dehors d'un cadre de préparation de séance - au contraire, depuis le temps j'en lis des paquets, souvent comme des petits romans ou des nouvelles, juste pour le plaisir de l'histoire, de l'intrigue, et non dans l'objectif de les faire jouer.

Mais dire que c'est un genre littéraire me sembler poussé. Je suis consultant informatique : mes rapports répondent à des codes d'écriture, ont des structures et des styles bien précis à respecter. Est-ce un genre littéraire je ne pense pas. Idem pour un contrat d'assurance, un procès-verbal de police, etc... Par contre, je ne dirais pas la même chose par exemple d'un article de journal, qui relève bien amha du genre littéraire.

La différence ? Je dirais que les uns (les produits littéraires) constituent la finalité (cad l'oeuvre littéraire elle-même). Les autres (le scénar de jdr, le rapport, le pv, le contrat...) ne sont que des supports, des moyens, à un autre produit. Tout comme le scénario de film est un support à la production du film, et non un genre littéraire à lui tout seul.

Ce qui m'amène à plusieurs conclusions :
1) Il aurait peut être été plus pertinent et moins pompeux de s'intéresser à comparer les modes de création d'un scénario de jdr par rapport à d'autres types de scénario, et notamment par rapport au roman, et de ce que l'un peut apporter à l'autre et inversement (comme commençait à le soulever Fafi).
2) Peut-on s'inspirer du jdr pour créer réellement un nouveau genre littéraire ? Faire découvrir un monde, narrer une histoire, qui ne soit pas faite pour être jouée mais bien pour être lue, en conservant certaines particularités de l'écriture rôlistique pour s'échapper du cadre d'écriture habituel ?

Salutations à tou(te)s et bons jeux !
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0 #2 NomTest PrénomTest 15-09-2010 12:43
Effectivement tu as raison dans ton analyse, le jeu de rôle c'est, comme le disais le sociologue Olivier Caïra "Les Forges de la Fiction" au sens où le scénario est une matrice où va se créer l'histoire, en fonction des actions des jouuers. D'ailleurs ce n'est pas pour rien que de nombreux réalisateurs à succès (George Lucas, Joss Whedon, Peter Jackson) sont des rôlistes... j'aime à croire que toutes leurs histoires ont été "jouées" avant d'être scénarisées et portées à l'écran B) .

Attention tout de même à la notion de destin, le scénario sert effectivement à définir un cadre, mais il faut trouver le juste milieu entre évènements planifiés et liberté des joueurs. Qu'ensuite les personnages aient un destin à accomplir, cela peut se retranscrire dans la mécanique (règles, points de destin ou d'héroïsme...).

Par contre tu as raison ce sont deux styles différents en fait l'un pouvant engendrer l'autre (le contenu et le contenant).
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0 #1 Fafi 13-09-2010 13:59
En ce qui me concerne, oui et non.
Oui parce qu'un scenario de JdR represente une trame generale qui flotte au dessus de la partie, comme un sorte de destin qui ensere les histoires possibles que conteront les joueurs.
Non parce qu'un scenario de jdr ecrit comme une narration n'a aucune chance de fonctionner. De plus, il est, hormi dans le cadre de preparation d'une seance de JdR, ininterressant a lire. Ca serait comme lire un diagramme au lieu d'un recit.
J'aurai tendance a considerer en fait l'ecriture d'histoire contee (comme le cinema d'ailleurs), comme un aboutissement final de cette meme trame, vue souvent au travers des destins d'un ou deux personnages principaux, ou comment ces personnages la ont colles a la trame.
En ce sens, je regrette tres sincerement que bon nombre d'ecrivains/scenaristes ne s'inspirent pas de ces techniques pour inscrire auparavent la trame generale de leur oeuvre. Ca eviterai les tres celebrex commentairex qu'on voit souvent arriver "par contre, au niveau scenario, c'est vide" ou le "encore une fois le mechant est incoherent, debile", ce qui enleve toute saveur a certains "recits", meme si par ailleurs les techniques narratives (ou de tournage/effets speciaux) sont maitrises (et heureusement ce n'est pas le cas de tous :P )
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